Géorgie : après le Grand Mensonge

On en sait plus désormais sur ce qui s'est vraiment passé lors de la guerre dite des « 5 jours » qui a enflammé le Caucase pendant l'été. Et les révélations sont fracassantes. Les travaux  de la commission d'enquête exigée par le parlement géorgien (qui vient de publier ses conclusions jeudi 18 décembre), ceux de la commission d'enquête ukrainienne (encore en cours), mais aussi la publication par la BBC, le New York times et quelques ONG internationales (notamment Human Rights Watch) de documents confidentiels et de témoignages d'observateurs internationaux permettent désormais de se faire une idée très vraisemblable  des événements et des responsabilités mutuelles.

Qui est responsable du déclenchement de cette guerre ? La Géorgie a-t-elle été victime d'une agression de la part de la Russie ? La Russie a-t-elle planifié une invasion de sa voisine ?  Beaucoup des questions alors posées avec passion et dont ce blog (parmi de nombreux autres) s'est fait l'écho ont désormais trouvé leurs réponses.

Très rares sont les medias qui ont relayé ces découvertes pourtant riches en surprises. Il vaut donc la peine de les résumer pour qui n'a pas suivi tout le feuilleton.  Synthèse sommaire des différentes sources:

Le conflit était-il planifié ?  Depuis plusieurs années les parties au conflit se préparent à un affrontement armé. Le refus par les Géorgiens de signer une déclaration mutuelle de non-agression a convaincu les Ossètes qu'un assaut se préparait. Du côté russe, les responsables sont convaincus depuis l'automne 2004 que le président Saakashvili va recourir aux armes et il est décidé dès 2006 de le mettre sous pression (source : témoignage de l'ex-conseiller de Poutine  passé à l'opposition Andrei Illarionov). En Géorgie, une décision formelle de récupérer l'Ossétie et l'Abkhazie séparatistes par la force est prise en mai 2008 par le président Saakashvili (source : l'ex-ambassadeur de Géorgie en Russie Kitsmarichvili, passé depuis à l'opposition). En juillet, les  armées géorgienne et russe effectuent chacune des manœuvres dans le Caucase qui correspondent au scénario d'une guerre.

Qui a déclenché l'offensive armée ? A 15 heures locales le 7 août, les observateurs indépendants de l'OSCE, dirigés par un officier britannique, notent d'importants mouvements de troupes et des concentrations d'artillerie et de Grad (« orgues de Staline ») géorgiens au nord de Gori, à proximité de la frontière d'Ossétie du Sud. A 18 h 10, les casques bleus russes signalent aux observateurs de l'OSCE que des bombardements d'artillerie ont lieu sur un village ossète. Cet incident n'est pas vérifié par des sources indépendantes.  A 19 h, le gouvernement géorgien annonce un cessez-le-feu. Sur le terrain, ses troupes prennent position devant la capitale ossète. A 23 h, les Géorgiens annoncent  à la radio nationale « qu'une opération de restauration de l'ordre constitutionnel a lieu en Ossétie du Sud ».  A 23 h 35 l'artillerie géorgienne ouvre un feu massif sur la capitale ossète endormie. Dix minutes plus tard, les observateurs internationaux sur place notent des impacts d'obus toutes les 15 à 20 secondes. A 0 h 15, le commanant des casques bleus russes annonce que son cantonnement est bombardé par l'artillerie géorgienne et qu'il compte plusieurs victimes. A 0 h 35, les observateurs de l'OSCE recensent  plus de 100 explosions dans la capitale dont 48 à proximité immédiate de leur QG situé dans une zone civile (rapport de l'OSCE publié par le New York Times 7.11.08)

Plusieurs semaines après les faits, le président Saakashvili expliquera que l'offensive de son armée a été décidée  en réponse à  des tirs d'artillerie  déclenchés sur quatre villages géorgiens  et en réaction  à l'invasion cette nuit-là  du territoire ossète par des troupes russes. La version  des observateurs britanniques de l'OSCE, publiée par le New York Times (NYT 7.11.08), est très différente. Selon eux, deux des quatre villages géorgiens mentionnés n'ont pas été victimes d'aucun bombardement. Quant aux deux autres, les allégations géorgiennes n'ont pas pu être vérifiées, « mais s'il y avait eu des tirs massifs contre les régions que les Géorgiens disent avoir été bombardées, nos observateurs les auraient entendus, or cela n'a pas été le cas » selon le commandant britannique Young cité par le New York Times. D'après les mêmes constats, les premières troupes russes sont entrées sur le territoire ossète six à huit heures après l'attaque par les forces géorgiennes du contingent de casques bleus russes établis à proximité. Quant à la nature du bombardement de la capitale ossète par les forces géorgiennes,  les témoignages des militaires de l'OSCE sont accablants : « Il était clair pour moi que l'attaque géorgienne était complètement indiscriminée et disproportionnée par rapport à toute provocation éventuelle,  pour autant qu'il y en ait eu une » note  le capitaine Grist, l'officier supérieur des observateurs de l'OSCE, un Britannique passé par les conflits d'Irlande du Nord, de Chypre et de Yougoslavie.. « Cette attaque, dans mon esprit, était clairement une attaque indiscriminée contre la ville, en tant que ville » complète-t-il.

Des armes interdites par les conventions internationales ont-elles été utilisées ? Ni la Géorgie, ni la Russie n'ont signé les conventions relatives aux armes à fragmentation et ne sont donc tenues par des obligations internationales à cet égard. Mais à l'évidence, ce type d'armes a été utilisé puisque des munitions non explosées issues de bombes à fragmentation ont été retrouvées par les observateurs internationaux sur plusieurs sites du conflit. Les deux armées ont nié toute utilisation, mais dès le mois d'août Human Rights Watch a dénoncé l'emploi de bombes à fragmentation par l'armée russe. Le 4 novembre cependant, l'organisation de défense des droits de l'homme a publié un nouveau communiqué expliquant que contrairement à ses premières déclarations,  des bombes du même type de fabrication israélienne avaient également été utilisées par les forces géorgiennes.

Que savaient les puissances occidentales ? Dès le mois d'août, selon le New York Times, la chronologie et les faits cités ci-dessus sont exposés par le capitaine Grist lors d'un briefing à Tbilissi aux missions diplomatiques des Etats de l'Union européenne. Peu après, constate l'enquêteur du grand quotidien américain, « le capitaine Grist démissionnait dans des circonstances obscures ».

C'est tout ? Pour l'instant. La commission internationale d'enquête ordonnée par l'Union européenne  devrait nous permettre d'en savoir davantage dans les mois qui viennent. Sa présidente, notre compatriote Heidi  Tagliavini aura la lourde charge de vérifier et de recouper tous ces témoignages. Mais à l'évidence, la reconstitution des faits présente déjà  quelques sérieuses différences avec  la version des faits largement relayée dans les medias occidentaux l'été dernier. Un autre indice en est la lourde insistance que la diplomatie russe met depuis plusieurs semaines à exiger, de la part de l'OTAN, « une discussion sur les causes réelles de la guerre dans le Caucase ». Moscou, visiblement, n'a pas l'air trop inquiet des conclusions à venir.

L'établissement définitif des faits prendra, on peut en être sûr, quelques bons mois encore, mais l'allure que prennent les choses ressemble à un hallali pour le président Saakashvili.  Il ne reste plus grand-chose en effet de ses multiples explications et versions égrenées au fil des mois. Quelques heures avant l'assaut, il promettait vouloir une négociation. En plein bombardement, il assurait être contraint à rétablir l'intégrité territoriale de son pays par la force. Quelques jours plus tard, il jurait avoir été pris par surprise en pleines vacances. Après quoi il a clamé avoir répondu à une invasion russe. Et lors de son audition par le parlement géorgien enfin, il a longuement expliqué avoir, par cette offensive, prévenu une invasion qui s'annonçait comme inévitable. Que dira-t-il demain si, lâché par la nouvelle administration américaine, il doit expliquer pourquoi il a ordonné le bombardement en pleine nuit d'une ville endormie ? Sauf à terroriser la population civile et à la pousser à un exode immédiat, on peine en effet à voir la justification militaire ou politique de ce bombardement nocturne.

L'avenir  politique de Mikhail Saakashvili paraît déjà scellé. Ce n'est sans doute pas un hasard si les révélations de la presse américaine sur la guerre des cinq jours coincident avec l'installation de la nouvelle administration américaine. En Géorgie, les anciens alliés du président passent l'un après l'autre à l'opposition et on voit aussi les milieux atlantistes préparer leur nouveau poulain, l'ex-ambassadeur de Géorgie aux Nations-Unies à New York Irakli Alassania. Il ne faudra sans doute pas attendre longtemps avant que l'on tourne la page et que l'on nous convainque « d'oublier » ce conflit. On aurait pourtant aimé savoir, si les faits ci-dessus évoqués sont exacts, comment les dirigeants occidentaux ont pu cet été soutenir avec tant d'enthousiasme le régime de Mikhail Saakashvili et lui accorder une aide économique record de 5.4 milliards de dollars.

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