пятница, 14 декабря 2018 года   

Hans Jakob Oeri

L'exposition d'un peintre suisse ayant travaillé huit ans en Russie est ouverte à Kunsthaud juasqu'au 23 octobre 2016.

C'était il y a dix ans, le 22 septembre 2006 chez Koller Zurich. Un double portrait carré dessiné représentant deux jeunes garçons doublait, décuplait, centuplait presque (là, je pousse un peu...) son estimation. Il a fini chez un grand marchand parisien, qui comptait bien réaliser encore un juteux bénéfice. L’œuvre était pourtant signée par un parfait inconnu dans les sphères francophones. Elle sortait des mains de Hans Jakob Oeri (1782-1868). Un artiste zurichois qui restait encore à explorer, même en Suisse allemande.

C'est aujourd'hui chose faite. Valentine von Fellenberg a consacré une thèse à Oeri. Elle sert de commissaire à l'exposition que lui consacre depuis le 12 août le Kunsthaus, avec l'aide du conservateur des dessins anciens Bernard von Waldkirch. Il faut dire que l'institution conserve beaucoup d’œuvres d'Oeri, qui fit partie de cette Kunstgesellschaft coiffant en 2016 encore l'institution zurichoise. La chose n'offre pas que des avantages. Pour ce qui reste une petite manifestation, logée au rez-de-chaussée dans un espace entouré par les salles de la Fondation Giacometti, il y a surtout les pièces appartenant au musée. Comme pour Salomon Gessner (1730-1788), le poète et peintre qui inspira le jeune Oeri, comme pour les dessins anciens du Kunsthaus, il s'agit avant tout de montrer un fonds méconnu au public.

Ce fonds offre pourtant le mérite de posséder des pièces de toute la carrière d'Oeri, qui passe par Paris, Moscou et Kazan. Fils de pasteur, mais né dans une famille comptant de nombreux artistes, Hans Jakob est ainsi parti se former en 1803 à Paris, alors que naissait la première confédération suisse, après l'échec de la république unitaire instaurée sous la férule française en 1798. La France s'apprêtait, elle, à passer de la république consulaire à l'empire. L'époque est incertaine. Agitée. Le Zurichois est accompagné par deux frères, dont son jumeau. Il entre dans l'atelier de Jacques Louis-David (1748-1825), la star culturelle de ces temps troublés. Après avoir porté au pinacle la Révolution, David s'est fait le chantre de Napoléon. Il a d'innombrables élèves et collaborateurs.

C'est alors qu'Oeri donne son tableau le mieux connu, accroché en permanence au Kunsthaus. Il s'agit d'un «Daphnis et Chloé», d'une rigoureuse orthodoxie néo-classique tempérée par une sorte de tristesse. L'exposition présente aussi, issu d'une collection privée, un portrait d'Oeri, donné à David lui-même. Cette toile inédite fait partie des nombreuses effigies attribuées au maître, mais là il existe un lien réel entre les deux hommes. L'«Atelier à Paris», brossé vers 1807, date peut-être d'après son retour à Zurich, cette année-là. Oeri s'y montre avec ses deux frères et un ami. C'est un ravissant tableau que son propriétaire, le Kunstmuseum de Winterthour, ne montre jamais. Notons qu'il est peint à l'huile sur papier. Oeri favorisera toujours le papier, plus souple et moins coûteux.

En 1809 commence la grande aventure de sa vie. L'Alémanique part pour la Russie. Il traverse l'Allemagne à pieds (le mot de «Wanderjahre», années de promenades, n'a rien de vain mot à l'époque), passant par Francfort et Berlin. A Königsberg, qui relève jusqu'en 1945 du domaine germanique (c'est l'actuelle Kaliningrad), il prend tout de même un coche. La voiture l'amène à Moscou avec son compagnon Miville. Leurs chemins se sépareront bientôt. Miville préfère la capitale Saint-Pétersbourg. Il faut à Oeri une place. Il la trouve chez le comte Arkady Ivanovitch Markoff, un conseiller impérial. Il sert chez lui de peintre et de professeur de dessin. Il jouera plus tard le même rôle auprès du chambellan Nikolai Mikhailovitch Moussine-Pouchkine à Kazan.
Les temps ne sont pas sûrs dans la Russie de Nicolas Ier. Oeri, qui observe la vie de tous les jours, montrant à l'aquarelle des paysans construisant une isba ou la cité en hiver avec ses traîneaux, est à Moscou au moment de l'avancée napoléonienne de 1812. C'est l'incendie de la ville, allumé pour éviter sa chute, comme les Hollandais avaient ouvert en 1673 leurs digues contre Louis XIV. Oeri, qui perd une partie de son œuvre dans les flammes, donnera plusieurs images de cette catastrophe. Elles sont conservées, ainsi que les autres, dans un grand cahier, dont le Kunsthaus n'ouvre fatalement que deux pages. Ce sont des créations colorées. Presque naïves, parfois. «S'il fallait caractériser le style d'Oeri», explique Valentine non Fellenberg, «ce serait par l'absence d'un style fixe. Il change continuellement de manière.»

A près huit ans de Russie, alors que la paix s'installe en Europe après Waterloo (1815), Oeri décide de rentrer, non sans avoir enfin vu Saint-Pétersbourg. Après quelques semaines de séjour, il prend cette fois la diligence pour Lübeck. Il fait la suite à pieds, marchant jusqu'à Zurich, dont il ne bougera plus trop. Oeri se voudra à nouveau peintre d'histoire. Mais les projets, dont le visiteur du Kunsthaus découvre les esquisses, ne convainquent guère. Le mieux, ce sont les portraits dessinés. L'homme y a adopté une technique lente, faite de petits points. Le réalisme du résultat apparaît extrême. Oeri n'est pas un flatteur, comme l'étaient alors les Genevoises Amélie Munier-Romilly ou Nancy Mérienne, qui usent généreusement de l'estompe pour cacher les défauts du modèle. Il y a ainsi des vieillards fixés dans leur décrépitude. On comprend que l'artiste ait surtout reçu mission de portraiturer des enfants ou des adolescentes, ce qu'il fait avec un extraordinaire bonheur.

Il y a d'autres choses dans la soixantaine de pièces présentées au Kunsthaus avec un petit catalogue. Oeri a lithographié d'après des tableaux célèbres. Il a fait des «Etudes de costumes de tous les siècles de l'ère chrétienne». Il a en réalité beaucoup bricolé. Le Zurichois fait ainsi partie de ces gens qui promettaient énormément, et qui seront restés en retrait. Genève, à la même période, a ainsi connu des carrières avortées. Citions celles de Gédéon Reverdin, naguère montré au Cabinet des arts graphiques du Musée d'art et d'histoire, ou de Constantin Vaucher, sur lequel rien n'a été fait sur le plan muséal depuis bien longtemps. Oeri est pourtant mort à 82 ans. Et sur le tard, vers 1848, il pouvait encore donner un petit chef-d’œuvre, à la lumière cristalline. Il représente «Le côté jardin de la Trittligasse avec sa vue sur le lac de Zurich». Autrement dit la maison de l'artiste.

«Hans Jakob Oeri», Kunsthaus, 1, Heimplatz, Zurich, jusqu'au 23 octobre. Tél. 044 253 84 84, site www.kunsthaus.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, les mercredis et jeudis jusqu'à 20h.

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понедельник, 24 декабря 2018 года

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