понедельник, 20 мая 2019 года   

Russie-Géorgie : que cache la bataille pour le Caucase ?

Echange d'impressions et d'opinions. Le plus grand quotidien moscovite m'a demandé de résumer en quelques points ma perception du conflit géorgien et de ses conséquences. Six questions pour poursuivre la discussion. Le débat est-ouest n'est pas encore mort, pardi !
1/ Qui est responsable de la brusque dégradation de la situation dans le Caucase ?

En lançant l'offensive sur l'Ossétie du Sud, le président géorgien Mikhail Saakashvili a pris une très lourde responsabilité. Le gouvernement géorgien a pris conscience que le statu quo ne lui était pas favorable, que le temps jouait contre lui, que la décision occidentale de reconnaître le Kosovo lui rendrait la tâche encore plus difficile à l'avenir, et qu'enfin un changement prochain à la Maison Blanche pourrait définitivement lui interdire toute option armée. Il est possible aussi que les conseillers militaires américains sur place aient choisi de ne pas freiner le président géorgien. Mais en tentant un coup de force, Mikhail Saakashvili a détruit pour longtemps toute possibilité de solution dans cette région. La haine, la méfiance sont désormais installées solidement de part et d'autre. C'est un nouveau Karabakh. Il y avait pourtant encore un faible espoir de trouver d'autres issues. Ces espoirs sont quasiment anéantis pour les années à venir.

2/ Pourquoi les medias occidentaux ont-ils réagi si violemment  ?

La vérité est la première victime d'une guerre disent les journalistes. Ce fut aussi le cas ici. La plupart des medias européens et américains ignorent tout ou presque du Caucase. Il est frappant de constater par exemple que la réalité et l'identité des minorités ossètes, leur histoire et leurs revendications, ont complètement été ignorées. Personne ne sait en Occident qui sont les Ossètes et les gens sont surpris d'apprendre que ce ne sont pas des montagnards sauvages et des mercenaires au service de la Russie, mais que le célèbre Valeri Gergiev par exemple, est un Ossète. Cette ignorance a été un terrain rêvé pour les exagérations, les peurs et les manipulations. Le président géorgien a profité de sa connaissance de l'anglais et du français pour organiser un véritable show dans les medias occidentaux afin de défendre sa version des faits. En revanche, durant les premiers jours, le président et le premier ministre russes n'ont pas été très présents. Et l'on n'a pas vu non plus Edouard Kokoity se précipiter à Genève pour plaider sa cause, comme il aurait dû le faire. Les premiers jours, le terrain médiatique a donc été complètement occupé par les arguments des Géorgiens. Enfin, le vieux réflexe de défense du petit David (géorgien) contre le grand Goliath (russe), classique dans la presse occidentale, a fonctionné dès que les troupes russes sont intervenues. Le résultat fut une version des faits très favorable à la Géorgie, et parfois outrageusement mensongère. Certaines chaînes de télévision américaines, certains journaux aussi, sont devenus de véritables instruments de propagande. En 25 ans de carrière, j'ai rarement vu cela. Mais après deux semaines, la grande majorité des medias a corrigé le tir. Les envoyés spéciaux, l'analyse des spécialistes de la région, les réactions des lecteurs aussi, ont rétabli une vision beaucoup plus honnête des faits et des conséquences. Dans mon pays par exemple, je ne crois pas du tout que l'opinion publique ait aujourd'hui une impression trompeuse des faits.


3/ La riposte russe était-elle disproportionnée ?

La résistance apportée par l'armée géorgienne a été certainement très inférieure aux pronostics du gouvernement de Saakashvili. Dès lors, il est évident que la riposte russe ne rencontrerait pas d'obstacle. L'occupation de villes géorgiennes, la destruction de matériel militaire ou d'infrastructures par l'armée russe faisait visiblement partie d'une sorte de « punition » accomplie avec une rage qui semblait parfois voluptueuse. Il n'était pas difficile de deviner que les autorités russes cherchaient à humilier le régime géorgien. C'est cette impression qui a choqué l'opinion publique occidentale : un géant profitant de sa force pour accabler un fautif certes, mais un fautif bien faible. Les délais très longs entre les intentions annoncées par le président Medvedev et les actes sur le terrain ont encore aggravé cette impression de force brute et insensible. Quant à savoir si la réaction était disproportionnée, la question est très relative : au Liban ou en Serbie, les Israéliens ou les forces de l'OTAN n'ont pas hésité en d'autres périodes à infliger des « punitions » bien plus durables à leurs adversaires.


4/ La reconnaissance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud par la Russie est-elle une bonne chose ?

Non, elle ne fait que compliquer sérieusement les choses. Tout d'abord parce que cette reconnaissance, pour l'Ossétie du Sud en tout cas, ne règle rien du tout. Comment l'enclave ossète va-t-elle vivre en paix dans un environnement économique, culturel, historique étroitement lié à la Géorgie ? Va-t-on entourer l'Ossétie d'un mur comme en Israël ? Ce n'est pas très souhaitable. On peut craindre aussi que désormais toute la vie politique géorgienne se concentre sur la reconquête. Chaque candidat au pouvoir devra prouver qu'il veut la réunification. On favorise donc le maintien au pouvoir à Tbilissi des pires adversaires de la Russie, ce qui n'est certainement pas l'intérêt des deux pays. Enfin, l'indépendance n'est pas une solution viable à terme, il n'y a donc plus guère d'issue pour l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie qu'une union avec la Russie. Or cette solution représente un gros problème en droit international. La Russie ne sera pas soutenue, elle va s'isoler et perdre les alliés qu'elle avait gagné grâce à sa position très logique sur le Kosovo. La situation précédente, avec une autonomie ossète et abkhaze sous protection russe paraissait beaucoup plus favorable à la Russie et permettait toutes sortes de développements où ses intérêts étaient préservés. Ici, la Russie est entrée dans une impasse.


5/ Le Caucase est-il l'unique enjeu de cet épisode guerrier ?

Certainement pas. Et le fait précisément que la Russie ait reconnu les deux républiques séparatistes alors que ce n'était pas son intérêt le démontre. Le Kremlin a sans doute voulu montrer qu'il était prêt à l'usage de la force et à des actions radicales si certaines limites étaient franchies. En Géorgie, la limite à ne pas franchir était une prochaine adhésion à l'OTAN. C'est la même en Ukraine, qui est évidemment un enjeu encore beaucoup plus important. Le message russe aux Occidentaux paraît clair : ne faites pas entrer l'Ukraine dans l'OTAN parce que nous ne l'accepterons pas. En particulier, le statut de Sebastopol et de sa base est désormais un enjeu dangereux. Or en Occident, l'opinion ne sait pas grand-chose de l'Ukraine et de son histoire, elle ignore complètement par exemple le rôle de Sebastopol dans l'histoire russe, elle ne comprend pas que Sebastopol ne puisse en aucun cas aux yeux des Russes devenir la base navale d'une alliance comme l'OTAN. Cette ignorance est dangereuse. L'Ukraine pourrait être le prochain terrain d'affrontement entre Occident et Russie.


6/ Que cache cette nouvelle tension entre la Russie et l'Occident ?

Au fond, il y a une évidence. La Russie et l'Union européenne partagent non seulement leur appartenance à un même continent et à son histoire, mais ils ont de très fortes complémentarités. La Russie a par exemple l'énergie dont l'Europe a besoin. L'Europe a les technologies dont la Russie a besoin. Entre vieux adversaires de la guerre froide, on pourrait imaginer de construire des liens d'interdépendance comme les fondateurs de l'Union européenne l'ont fait entre la France et l'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. Il n'y a rien de mieux qu'une mutuelle dépendance pour assurer une paix durable.

Ce scenario exige de la compréhension et des efforts à long terme. Il exige le respect de l'autre et la mise en place de valeurs communes. Jamais la majorité des Européens n'acceptera de dépendre complètement de la Russie et de son énergie s'ils n'ont pas confiance en la Russie et les valeurs de son système. A l'inverse, jamais les Russes n'accepteront de se lier à l'Europe (même sans entrer dans l'Union) si on ne leur donne pas la place qu'ils méritent. Cette interdépendance exige une politique d'échange, d'interdépendance, de libre circulation et de compréhension : c'est une voie que certains Etats européens imaginent volontiers. Mais un rapprochement russo-européen inquiète aussi pas mal de monde, c'est une perspective que combattent avec vigueur les forces atlantistes et certains milieux conservateurs américains qui veulent maintenir un Occident fort par-dessus l'Atlantique. Ces deux courants s'affrontent actuellement en Europe. Les premiers font de l'Union européenne un instrument de rapprochement et de coopération. Ils verraient volontiers l'Ukraine et la Géorgie se lier à l'Europe, mais sans adhérer à l'OTAN. Une neutralité de ce type existe déjà en Finlande par exemple. Les seconds en revanche privilégient l'OTAN comme synonyme de l'Occident, et cherchent à étendre son influence en Géorgie comme en Ukraine. Tout cela indique que la bataille n'est pas terminée.
КУРСЫ ВАЛЮТ
CHF-USD 0.99
CHF-EUR 0.89
CHF-RUB 64.05
ПОПУЛЯРНОЕ ЗА НЕДЕЛЮ

Планы швейцарских неонацистов

Согласно расследованию SonntagsBlick, группа правых экстремистов планировала атаки против иностранцев в Швейцарии.

Многие швейцарцы верят в теорию лунного заговора

20 июля исполняется 50 лет с тех пор, как американский астронавт Нил Армстронг, выбравшись из люка лунного модуля корабля «Аполлон-11», опустился на грунт и произнес: «Это один маленький шаг для человека, но гигантский скачок для всего человечества». Как на это смотрят сегодня швейцарцы?

RFFA, или ход конем Федерального совета

С приближением референдума 19 мая накаляются страсти вокруг реформы пенсионной системы. Население Швейцарии стареет, и для многих очевидна необходимость принимать меры, чтобы в будущем вышедшие на заслуженный отдых граждане имели тот же уровень жизни, что и сегодня.
СЕЙЧАС ЧИТАЮТ

Изабель Эберхардт: талантливая кочевница

Фото - Наша газета Писательница и путешественница российского происхождения, рожденная в Женеве, мусульманка и военный корреспондент, она переодевалась мужчиной и осмеливалась делать вещи, столь несвойственные ее полу, веку и континенту, что вся судьба Изабель Эберхардт может быть объяснена лишь ролью таланта в жизни личности, да загадочной русской душой (для тех, кто в нее верит).

Жан-Батист Пара: «Я стараюсь бороться с русофобией»

Наш сегодняшний гость – поэт, критик, главный редактор литературного журнала «Европа» и переводчик с итальянского и русского языков. Май и июнь он проведет в писательской резиденции в Замке Лавиньи, где будет переводить стихи Владимира Маяковского и Бориса Рыжего.

Референдум 19 мая: два «да»

Сегодня швейцарцы поддержали реформу корпоративного налогообложения, связанную с финансированием пенсионного фонда, а также высказались за внесение изменений в закон об оружии. Кроме того, жители разных кантонов выразили свое мнение по ряду местных вопросов.
© 2019 Наша Газета - NashaGazeta.ch
Все материалы, размещенные на веб-сайте www.nashagazeta.ch, охраняются в соответствии с законодательством Швейцарии об авторском праве и международными соглашениями. Полное или частичное использование материалов возможно только с разрешения редакции. В случае полного или частичного воспроизведения материалов сайта Nashagazeta.ch, ОБЯЗАТЕЛЬНА АКТИВНАЯ ГИПЕРССЫЛКА на конкретный заимствованный текст. Фотоизображения, размещенные редакцией Nashagazeta.ch, являются ее исключительной собственностью. Полное или частичное воспроизведение фотоизображений без разрешения редакции запрещено. Редакция не несет ответственности за мнения, высказанные читателями в комментариях и блогерами на их личных страницах. Мнение авторов может не совпадать с мнением редакции.
Scroll to Top
Scroll to Top