Le Landesmuseum rate son exposition sur la Révolution russe

Ceci est le severe verdict du critique d’art genevois Etienne Dumont qui a visité l’exposition à Zurich. Ecoutons ses arguments.  

Le 1er août dernier, jour de la Fête nationale, les visiteurs avaient accès à la nouvelle aile du Landesmuseum, ou Musée national suisse, à Zurich. Enfin, serait-on tenté de dire! Le bâtiment se faisait attendre depuis bien quarante ans. C'étaient du coup les obligatoires cris d'admiration devant l'édifice «brutaliste» des architectes alémaniques Christ et Gantenbein, qui ont pourtant donné en parallèle un nouveau Kunstmuseum de Bâle tout ce qu'il y a de plus correct. Je vous ai dit alors ce que je pensais de cette horreur, aussi élégante qu'un supermarché de banlieue et dont l'intérieur de béton évoque tragiquement le parking souterrain.

L'exposition inaugurale sur la «Renaissance» de 2016 sortait du même tonneau. A partir de chefs-d’œuvre prêtés par les plus grands musées du monde, des Offices de Florence au «Met» de New York, les commissaires avaient conçu un épouvantable fatras, aussi bien intellectuel que visuel, voire même muséographique. Difficile de faire pire dans le genre foireux. C'est donc avec la plus grande crainte que j'attendais la suite, la petite exposition ayant ouvert entre-temps dans ces lieux sur la revue d'art suisse «Du», créée en 1941, m'ayant tout sauf convaincu. J'avais du reste décidé de ne pas vous en parler.

Bien trop de textes

Aujourd'hui l'aile sert à rappeler la Révolution, ou plutôt les révolutions russes de 1917, tout en soulignant leur nombreux rapports avec la Suisse. Le sujet est dans l'air, vu l'anniversaire. J'ai ainsi évoqué pour vous récemment la présentation, tout à fait remarquable, de la Royal Academy de Londres. Il n'y aura guère que la France ou la Russie pour s'abstenir. La première parce que l'immense exposition «1917» a déjà eu lieu en 2012. C'est ce qui s'appelle précéder l'événement. Dur de réussir encore mieux que la gigantesque production alors montée par Pompidou Metz. Elle abordait l'ensemble de cette année terrible, des mutineries bien compréhensibles de l'armée française à l'entrée dans le conflit des Etats-Unis. Quant à la Russie, je vous ai déjà expliqué qu'elle était paralysée par l'absence de directives gouvernementales. Faut-il célébrer février 1917, octobre 1917, les deux ou rien du tout?

Pour le Landesmuseum, il n'existe de toute évidence qu'octobre. Mais par esprit de simplification. Le nom d'un homme comme le modéré Kerenski, balayé par Lénine, ne se voit même pas cité aux murs. Il faut dire que ces derniers débordent déjà de textes, écrit en très gros et en quatre langues. C'est tellement moche qu'on se dit qu'un graphiste a passé par là. La place n'est en outre pas infinie, et il a fallu traiter du sujet annexe des Suisses de Russie, en partant de la fin du XIXe siècle (alors qu'il y avait des architectes, puis des stucateurs ou des pâtissiers dès le XVe). Ces 20 000 Suisses ont connu leur histoire, devenue d'un coup douloureuse. Ils se retrouvaient bloqués par la rupture diplomatique entre la Suisse et la future URSS de fin 1917 à 1946. Un place se devait aussi d'être réservée à la grève générale suisse de novembre 1918, en contre-coup à la victoire bolchevique. Elle demeura longtemps un sujet tabou en Suisse, où le parti socialiste se distanciera très vite de Moscou. Et comment éluder la présence de Lénine, Kropotkine ou Plékhanov avant 1917 à Genève, qui avait déjà accueilli Dostoïevski?

Cabines noires jusque sur les escaliers

Vous voyez que de la matière, il y en avait! Beaucoup trop. Un tri se serait imposé. Il eut au moins fallu décider si on faisait une exposition artistique, ou simplement historique. La commissaire Pascale Meyer, aidée par Regula Moser et Anna-Sabina Wälli, a retenu l'optique Kougelhopf (un biscuit particulièrement indigeste). On met tout ensemble, en demandant au décorateur Alex Harb de créer de petites cabines noires empiétant jusque sur les escaliers. Et tant pis si l'on assomme de visiteur de détails historiques et s'il ne voit finalement pas très bien les objets et les œuvres! C'est ennuyeux pour les tableaux, tout de même... Il y a en introduction de fort beaux Alexandra Exter ou Lioubov Popowa, puis par la suite quelques superbes toiles Art Déco d'Alexander Deineka, la révélation actuelle de la Royal Academy de Londres.

C'est donc la tête enflée et farcie que le visiteur ressort de cette exposition tenant davantage du livre que d'un accrochage sur des cimaises. Il n'a rien pu regarder correctement. Il n'en retiendra rien par la suite. Et, puisque j'en suis là, autant préciser que celle-ci m'inquiète pour le Landesmuseum. Après trois ratages et un dépit d'une presse super indulgente, l'avenir semble inquiétant. Y aura-t-il autre chose que des échecs au Landesmuseum, qui fait partie de ces institutions historiques nationales à la recherche d'elles-mêmes? Après tout, à un niveau infiniment supérieur, le British Museum de Londres se trouve dans le même cas. Ses expositions «grand public» forment des fourre-tout où il ne faut surtout pas fourrer les pieds.

N.B. Le Landesmuseum fait curieusement l'impasse sur les "fonds russes". Le régime impérial avait draîné, des années 1890 à 1914, l'épargne européenne (et donc suisse) en créant de très nombreuses obligations afin de moderniser le pays. Les capitalistes, grands et petits, s'étaient laissé prendre à ce mirage. Les remboursements furent bien sûr interrompus après 1917, ruinant baucoup de gens parfois modestes. Mes grands-parents étaient ainsi actionnaires des tramways de Moscou.


«La Révolution de 1917, La Russie et la Suisse», Landesmuseum, 2, Museumstrasse, Zurich, jusqu'au 25 juin. Tél. 058 466 65 11, site www.landesmuseum.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h, le jeudi jusqu'à 19h.

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